Ma VAE – Episode 5 : Entrée dans le vif du sujet, construire un dossier

En janvier 2025, j’ai commencé une démarche de validation des acquis de l’expérience (VAE). C’est une démarche longue et rigoureuse qui vous permet d’obtenir un diplôme que vous estimez pouvoir obtenir sans avoir à retourner sur les bancs de l’école. Pour cette VAE, parce que j’ai cumulé des années d’expériences dans le domaine politique, j’ai choisi de tenter le Master 2 Science Politique – Métiers du politique et de l’action publique territoriale. Dans mes recherches, je n’ai pas trouvé beaucoup de témoignages de personnes ayant effectué ce long travail sur elles-mêmes, alors j’ai décidé de vous raconter mon parcours, une étape après l’autre…

Ce qu’on ne vous dira pas vraiment c’est que vous devez commencer à travailler sur votre dossier bien avant l’inscription universitaire. Dès que vous avez reçu la confirmation de l’université choisie, il faut vous mettre au travail. J’ai un peu tardé à commencer pour ma part, j’ai beaucoup procrastiné parce que j’avais mille choses en tête par ailleurs, et notamment la vente de mon appartement, l’achat d’une maison et notre déménagement à gérer. Pourquoi faire simple… C’est seulement quelques jours avant le premier rendez-vous de travail en groupe que j’ai commencé à vraiment poser à l’écrit ce que j’avais déjà bien réfléchi à l’oral.

Mais avant ça, je suis passée par plusieurs chemins, j’ai envisagé plusieurs orientations, je me suis posé tout un tas de questions. Pour construire le dossier de VAE, il fallait d’abord que je sache de quoi j’allais parler et comment j’allais en parler.

« On parle d’un dossier, pas d’un mémoire »

Notre tutrice nous a dit et rappelé plusieurs fois que, lors de notre oral et dans notre écrit, on ne parle pas d’un « mémoire » mais bien d’un « dossier » pour éviter d’induire en erreur le jury qui a l’habitude de lire des mémoires d’étudiants et qui ne doit pas faire l’amalgame. On ne doit pas amener une réflexion autour d’un sujet mais rendre compte de compétences acquises dans notre domaine d’expertise.

L’objectif c’est de présenter un parcours de carrière, de montrer à un jury composé d’universitaires et de professionnels, par la présentation de plusieurs projets, qu’on a acquis les compétences qui nous auraient été enseignées dans le cadre de la formation visée. Il faut donc constituer un dossier qui rassemble plusieurs éléments afin de justifier qu’on a mené une carrière professionnelle suffisamment conséquente.

Une fois cette notion acquise, la rédaction du dossier peut commencer. Et c’est d’ailleurs seulement après que j’ai bien compris cette distinction que j’ai pu recentrer mon écrit.

Pour chaque type de diplôme, cerner les attentes du jury au plus tôt

Pour préparer votre travail, la première chose à faire c’est de prendre le programme du diplôme et de faire un tableau dans lequel vous allez faire la liste de toutes les unités d’enseignement du diplôme et faire correspondre les missions ou projets que vous avez menés et qui correspondent à ces unités d’enseignement.

Dans mon cas, le programme de mon diplôme est accessible ici : https://www.universite-paris-saclay.fr/formation/master/science-politique/m2-metiers-du-politique-et-de-laction-publique-territoriale#edit-group-programme

J’ai fait un tableau, j’ai mis chaque matière de mon diplôme visé et j’ai indiqué tout ce que j’avais fait dans ma carrière. Cela m’a permis de mettre en évidence plus facilement les missions les plus intéressantes pour mon dossier et d’éliminer rapidement les missions trop légères pour faire l’objet d’une présentation.

Avant de faire ce travail, je m’étais dit que j’allais présenter un dossier qui contiendrait une réflexion autour de la gratuité des transports en commun, un sujet sur lequel j’ai énormément travaillé dans le cadre de mes engagements professionnels et militants. Mais au fil des échanges avec ma tutrice et après avoir compris ce qu’on attendait de moi, je me suis rapidement ravisée pour me concentrer sur une présentation des missions qui correspondaient aux attentes du jury et aux enseignements du diplôme.

Vous serez forcément tenté de tout raconter, mais vous devez faire des choix. Un dossier trop long montre que vous n’avez pas été capable de synthèse, mais un dossier trop court montre que vous n’avez peut-être pas assez développé. Il faut trouver le juste milieu, vous concentrer sur l’essentiel pour ne pas vous perdre dans des considérations inutiles.

J’ai voulu parler de tout mais c’était impossible d’aller au fond de toutes mes missions, de tous les projets, alors je me suis concentrée sur ce qui a été le plus marquant dans ma carrière et le plus utile pour le diplôme. Et même en faisant cela, je n’ai pas pu m’empêcher de digresser.

Au fur et à mesure de ma rédaction, j’ai réorienté mon écrit sur certaines missions menées plutôt que sur d’autres. Par exemple, je voulais parler de ma mission sur les législatives de 2012 sur lesquelles j’avais travaillé en tant que chargée des élections au siège national d’Europe Écologie-Les Verts, mais plus j’écrivais plus je me rendais compte que ce n’était pas vraiment cette mission là qui m’avait le plus appris sur les élections, mais celle d’avant. En effet, si j’avais bien été embauchée en 2010 dans la perspective de ce travail sur les législatives de 2012 et si j’ai effectivement été jetée dès mon embauche dans le vif du sujet, j’ai eu la possibilité de me faire la main l’année d’avant, sur les élections cantonales de 2011.

Ces élections là, les dernières élections cantonales de notre système électoral, m’ont permis de mieux comprendre le travail qu’on attendait de moi sur les législatives de l’année suivante. Plus j’écrivais sur les législatives, plus je me disais « mais ça, je l’ai surtout appliqué sur les cantonales » ou « mais ça, je l’avais déjà vécu sur les cantonales »…

Ma carrière étant particulièrement riche, ça n’a pas été simple de choisir une mission plutôt qu’une autre, un projet plutôt qu’un autre. J’ai fini par définir un plan complet contenant trois missions différentes déclinées sous la forme de cinq projets, l’idée générale étant de montrer la variété des missions et leur complexité.

Le plus difficile : rédiger la première mission

La VAE, c’est un travail que vous faites sur vous-même sans aucune aide possible. Vous devez vous concentrer sur vous, chercher au fond de vous, vous comprendre, comprendre comment vous avez évolué, analyser vos acquis et vos multiples expériences afin de déterminer qui vous êtes devenu et ce qui fait de vous une personne légitime pour le diplôme visé. Vous devez parfois remonter loin dans votre expérience pour poser les bases de votre dossier. Valoriser une carrière entamée en 2010, c’est valoriser 15 années de missions professionnelles et bénévoles. Pour ça, il faut une sacré mémoire, pas mal de courage compte-tenu de ce dont j’allais parler et des souvenirs pas forcément joyeux que cela allait forcément faire remonter, mais surtout une bonne capacité à la synthèse.

Il fallait que je remonte 15 ans en arrière et que j’épluche une par une chaque année de ma carrière pour en tirer la substance précieuse qui serait utilisable dans mon dossier, mais surtout il fallait que je prenne pas mal de recul. J’en avais déjà pris beaucoup sur ma carrière politique, mais je devais en prendre encore pour éviter de tomber dans le piège du ressentiment. Ceci étant dit, la politique, c’est beaucoup de sentiments. On ne s’engage pas dans la politique sans avoir un minimum de convictions profondes et tout cela est affaire de vécu et de sentiments. Alors forcément, qui dit sentiment dit ressentiments, et j’en avais beaucoup il y a encore quelques années, quand j’ai quitté le dernier parti politique auquel j’avais beaucoup contribué.

Je crois que le plus difficile dans toute la rédaction du dossier a été de rédiger la première mission. Il m’a fallu des semaines avant de parvenir à un résultat satisfaisant. Mais c’est après le rendez-vous avec le directeur de l’Unité de Formation et de Recherche (UFR) que j’ai pu rédiger une version définitive.

Il m’a recommandé de prendre davantage de recul et de réorienter mon plan de manière à mettre l’accent sur les nombreux dysfonctionnements que j’avais identifiés dans une partie dédiée. Ainsi, je devais rédiger une partie plus descriptive suivie d’une partie analytique. J’ai tâché de mettre ses conseils à exécution dans cette première mission puis dans les deux autres missions, tant bien que mal.

Prendre le temps d’écrire, une partie après l’autre

J’ai l’habitude de travailler en mode tunnel. Quand je travaille sur un projet, j’aime m’y mettre à fond à tel point que je peux passer dix heures dessus sans lever le nez. C’est facile quand on vit seul et quand on n’a rien d’autre à faire de ses journées, mais je ne vis plus seule et j’avais beaucoup d’autres activités à gérer. Une fois mon déménagement terminé, en plus des travaux, je me suis engagée dans plusieurs projets qui m’ont occupé l’esprit bien plus que je ne m’y attendais. C’était devenu difficile de consacrer huit heures par semaine à ce projet de VAE.

J’ai appris que j’étais enceinte mi-octobre 2025, à l’aube de mes 38 ans. C’était voulu, c’était une décision prise avec mon conjoint en août 2025 et nous envisagions ce projet sur un court terme, mais la décision était encore très fraiche et je ne m’attendais pas à ce que cela arrive aussi vite. Ce que je ne savais pas encore c’est qu’une grossesse, ça fatigue énormément. C’est pour cela qu’on nous déconseille vivement de faire un enfant pendant une VAE, c’était quelque chose qu’on nous avait dit lors de la toute première réunion d’information et qui m’avait particulièrement marquée : « ne faites pas d’enfant, ce n’est pas le moment ! ». Alors quand je suis arrivée à la deuxième réunion de travail quelques semaines après avoir appris la nouvelle, c’est un peu toute gênée que j’ai avoué à ma tutrice cet heureux événement. Loin de me blâmer, elle s’est réjouie de la nouvelle et m’a souhaité énormément de courage pour arriver au bout de cette grossesse malgré les autres projets en cours.

Je bloquais une à deux journées de travail par semaine pour la VAE, mais je passais plus de temps à me reposer qu’à travailler sur mon dossier. Malgré cela, j’ai beaucoup réfléchi à ce que j’allais écrire au cours de ces temps consacrés, je n’écrivais pas mais j’organisais mes idées dans mon esprit de manière à pouvoir écrire, le moment venu, tout ce que je pourrai aussi vite que possible.

Ainsi, quand je prenais le temps de rédiger, je mettais à plat tout ce qui avait pu tourner en rond dans mon esprit. Tout le monde ne peut pas travailler ainsi, j’en conviens. Si je devais donner un conseil ce serait le suivant : conservez un carnet de note sur vous, ou utilisez votre téléphone, et notez tout ce qui vous revient au fur et à mesure que ça revient, notez vos idées de plans, tout ce qui vous aidera à rédiger votre dossier. Si vous y réfléchissez le soir, prenez le temps de noter au risque de ne pas trouver le sommeil ou d’oublier le lendemain. J’ai plusieurs applications qui me permettent de prendre des notes, mais la plupart du temps ce qui est le plus efficace c’est de m’envoyer un message sur une discussion avec un compte de secours sur une application de messagerie instantanée. Et je dois bien avouer que poser à l’écrit ce que j’avais à l’esprit tard dans la nuit m’a aidé plus d’une fois à m’endormir.

Dans mon prochain article, je parlerai plus longuement de mes ateliers communs avec les autres étudiants en VAE et de mes échanges avec l’université.

Si ce que vous lisez vous a plu, n’hésitez pas à m’encourager à continuer à partager mes expériences en m’offrant un café : https://ko-fi.com/florie

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À Propos de l’autrice

Militante politique antifasciste, libertaire, démocrate et féministe. Salariée puis cadre de partis politiques, je décide de mettre fin à mon engagement partisan en 2023 pour me libérer de l’impact négatif et de l’entrave des partis politiques. Spécialisée dans l’analyse et l’application des méthodes de décision et sur les fonctionnements des organisations, je suis aujourd’hui consultante en stratégie et en gestion, à mon compte. J’anime régulièrement des lives politiques sur ma chaine Twitch, sinon je construis des applications pour faciliter la vie des gens et, parfois, j’écris des articles.